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Une réformiste en des temps exceptionnels

Rajo Daniella Randriafeno a maintenu la transparence sur la bonne voie après le coup d’État à Madagascar.

Le profil du mois a été rédigé par Christina Berger.

Le bras de fer qui oppose les gens lorsqu’il s’agit de déterminer ce qui leur appartient n’a pas de secrets pour Daniella Randriafeno, qui en a été témoin dès son plus jeune âge. Pour décider de ce qui revient à qui, il faut fouler aux pieds les susceptibilités de beaucoup de gens. Elle se souvient de son grand-père, qui racontait des anecdotes glanées au fil des rencontres qu’il faisait au quotidien, dans le cadre de son travail de défenseur du régime foncier dans le Madagascar colonial. Elle continue de l’admirer pour les compétences remarquables dont il faisait preuve pour accomplir ce travail délicat au moment de l’accaparement des terres, conciliant les intérêts, fixant des frontières claires et mettant des structures en place pour plus de clarté. 

Elle était loin de se douter alors qu’elle suivrait son chemin. 

Abondance des richesses naturelles 

Madagascar est connue pour le caractère unique de sa biodiversité. D’après le Fonds mondial pour la nature (WWF), 600 nouvelles espèces y ont été découvertes rien que ces dix dernières années. Madagascar est également dotée d’un grand nombre de minerais comme la chromite, le charbon, la bauxite et l’or. 

Malgré ces richesses, le peuple malgache ne bénéficie pas du développement économique censé découler de ses ressources naturelles. Géologue minière qualifiée et ancienne consultante à la Banque mondiale, Daniella, qui n’a pas peur du changement, déclare : « Je veux que la population voie des résultats découler des ressources naturelles de Madagascar. Nous devons montrer que nous nous servons de ces ressources du mieux possible ». 

Voici venue la tempête

En 2008, des troubles politiques ont éclaté à Madagascar, peu après que le pays a atteint le statut de pays Candidat à l’ITIE. En mars 2009, profitant de ces protestations massives, un putsch militaire a renversé le président démocratiquement élu. Le coup d’État a entraîné l’isolement politique du pays, décrété par l’Union africaine, l’Union européenne ainsi que d’autres organismes internationaux. Le Conseil d’administration de l’ITIE a prononcé la suspension de Madagascar au mois d’octobre 2011. 

Gouverner en l’absence de gouvernement 

C’est à cette époque houleuse que le gouvernement de transition a nommé Daniella au poste de ministre des Mines. Alors que le chaos régnait au sein de la quasi-totalité des institutions du pays, l’ITIE a offert une plateforme de gouvernance efficace. Sous la houlette de Daniella, les hauts fonctionnaires des gouvernements précédents, les intellectuels, les militants et les entreprises ont uni leurs forces pour relancer le processus ITIE après la suspension de Madagascar. Elle a gagné la confiance des différents collèges représentant des intérêts opposés autour de la table. Connu pour la diversité qui le caractérise, le Groupe multipartite de Madagascar est parvenu à prouver que la transparence et la redevabilité dans les industries extractives ne tiennent pas seulement du rêve. 

Au cours de la période de suspension, l’ITIE Madagascar a continué de publier les revenus miniers de l'île. Et c’est principalement à la ténacité de Daniella que le pays doit le rétablissement de son statut de membre de l’ITIE en juin dernier, suite à des élections démocratiques. 

Où est notre part ?

L’une des principales préoccupations de cette ancienne ministre des Mines a toujours été le développement économique des régions affectées par les activités minières. Les communautés locales sont témoins de l’impact environnemental de l’exploitation de leurs ressources naturelles, mais en attendent toujours les bénéfices et ne savent pas vers qui diriger leur frustration. « La colère [des communautés locales] était souvent dirigée contre les entreprises minières. Après la publication des rapports ITIE, les gens ont commencé à se rendre compte que la responsabilité de la gestion de leurs ressources incombe à la fois aux entreprises, au gouvernement central et aux autorités locales. » 

« Lorsque les gens ont appris, par exemple, le montant versé par les entreprises au gouvernement central sous forme d’impôts et de redevances en 2010, ils ont commencé à poser des questions sur l’utilisation faite de cet argent et sur ceux à qui il profite », ajoute-t-elle. 

Le rapport ITIE est devenu un outil permettant aux maires de nombreuses villes de réclamer une part au profit de leur communauté. Grâce à la publication de chaque rapport ITIE, les communautés locales peuvent découvrir le montant que le gouvernement central devrait leur verser et réclamer leur dû. C’est à présent au tour des communautés locales de montrer comment les revenus seront employés en faveur du développement durable à l’échelle locale. 

Une lutte perpétuelle

Les défis sont encore nombreux. Le nouveau gouvernement est entré en fonctions au mois d’avril 2014. Étant donné qu'un changement au pouvoir entraîne souvent un remaniement des priorités, Daniella consacre presque toute son énergie à convaincre les nouveaux titulaires des charges publiques de l’importance et de l’efficacité de l’ITIE pour le pays. 

L’ITIE à Madagascar reste ambitieuse, ne serait-ce que pour le plan de travail exhaustif qu’elle a publié pour l’année 2014, et qui s’est déjà avéré être une source d’inspiration pour les autres pays de l’ITIE. Ce plan énonce les principaux domaines d'action pour l’année et recentre l’attention sur les questions importantes. 

L’élaboration de ce plan représente en soi un vrai tour de force diplomatique, qui a nécessité d’arguer sans relâche de l’importance de l’ITIE pour Madagascar et de concilier des intérêts divergents au sein du Groupe multipartite. Daniella rétorque : « Oui, c’est ambitieux, mais c’est le minimum que nous puissions faire ! » 

En tant que coordinatrice nationale par intérim, Daniella comprend très bien le rôle que devrait jouer l’ITIE à Madagascar. « L’ITIE devrait occuper une place centrale dans toutes les décisions relatives à la gouvernance des ressources à Madagascar », dit-elle d’un ton presque impatient. 

Reste à savoir le succès que remportera l’ITIE sous ce nouveau gouvernement. Cependant, comme nous le savons désormais, Daniella Randriafeno n’est pas du genre à baisser facilement les bras.

 

Pour en savoir plus sur l’ITIE Madagascar, merci de consulter la page consacrée à ce pays sur le site de l’ITIE ainsi que le site Internet national