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Les revenus miniers de la Guinée - laisser une trace

De quelles zones les revenus miniers proviennent-ils ? Quelles sont les sociétés qui paient ? Où l’argent va-t-il ? Comment les communautés locales peuvent-elles voir les avantages concrets de l’exploitation minière ?

Des citoyens de toute la Guinée ont eu le courage d’évoquer ces préoccupations, entre autres, devant les représentants du gouvernement, de la société civile, des sociétés minières, des médias et du secrétariat national de l’ITIE qui se sont rendus dans 18 préfectures et quatre régions minières du pays pour communiquer les conclusions du Rapport ITIE 2012. Ce rapport a en outre été présenté dans des universités de Conakry.

S’ils vivent dans un pays doté de ressources naturelles diverses, les citoyens semblent avoir des préoccupations communes concernant les revenus provenant de ces ressources naturelles, qui en définitive leur appartiennent. La Guinée détient les deux tiers des réserves de bauxite les plus importantes au monde, le plus grand gisement non exploité de minerai de fer du monde, et d’importants gisements d’or et de diamants, et ses richesses minérales sont par conséquent bien placées pour entraîner sa croissance économique et sa prospérité. Cependant, le rapport ITIE qui a été publié en décembre 2013 indiquait qu’en 2012, la contribution du secteur minier aux recettes totales de l’État ne représentait que 17 % de celles-ci.

Le fait de pouvoir retracer l’argent déposé dans les caisses locales préoccupait donc beaucoup les citoyens. Était-il possible de suivre le chemin de l’argent de la banque centrale vers les caisses des préfectures ? Les citoyens ont-ils pu voir les avantages concrets des activités minières menées autour d’eux ? Des responsables locaux ont présenté la façon dont les fonds se répartissaient : 90 % ont été affectés aux zones directement touchées par l’exploitation minière, 85 % ont été investis et 5 % ont été consacrés au fonctionnement de la région. Les 10 % restants sont revenus à la préfecture.

Les citoyens s’étaient préparés consciencieusement avant d’assister aux réunions de février et mars 2014. Ils connaissaient bien le rapport ITIE et ils cherchaient une explication pour un paiement de 700 millions de dollars effectué par Rio Tinto. Ils ont été informés que ce versement, qui a entraîné une pointe en 2011 dans les recettes extractives de l’État – qui ont alors atteint un plus haut de 974 millions de dollars US – correspondait aux droits concédés à Rio Tinto pour développer le minerai de fer de Simandou.

Des étudiants de l’Université de Conakry ont aussi posé des questions sur la traçabilité des revenus ainsi que sur le nouveau code minier et le registre guinéen des licences minières. Le rapport ITIE a fait ressortir que le cadastre existant ne fournit pas une vision complète des licences que les entreprises extractives détiennent actuellement en Guinée. Des contraintes en matière de capacités empêchent la bonne tenue des registres ainsi que la cohérence des rapports sur les détenteurs de licences. Mais si rien n’est fait, le chevauchement des licences et l’incertitude quant à leur validité sont susceptibles de provoquer dans l’avenir des conflits entre les entreprises et les individus qui extraient les minerais en Guinée. Le rapport ITIE a agi comme un catalyseur sur le gouvernement, l’incitant à commencer à mettre en œuvre des procédures et des contrôles nécessaires en vue de tenir un cadastre complet et exhaustif qui soit réellement représentatif des licences minières en Guinée.

Cette mission de diffusion était importante, car elle a fait l’ITIE devenir tangible aux yeux des Guinéens. Les citoyens sont désormais informés et comprennent mieux l’ITIE, et ils sont donc mieux armés pour en débattre et obliger les fonctionnaires de l’État à rendre des comptes à propos des revenus issus des ressources naturelles : d’où l’argent vient, où il va, quels sont les exploitants actifs dans les différentes zones, et comment l’argent peut être utilisé pour le bénéfice des communautés locales.