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Ukraine - des réformes concrètes, prenant la forme de l'ITIE

Jonas et Richard à Kiev.

Face à la vérité

« Êtes-vous satisfait ? » Mon collègue Richard et moi-même avons posé la question à un fonctionnaire du ministère de l'Énergie alors que l’on quittait notre rencontre avec le Président du géant d'État Naftogaz, âgé de 36 ans, Andriy Kobylev. « Non », a-t-il répondu, « mon fils est un soldat et il a deux enfants en bas âge. » Notre question portait seulement sur l'issue de notre réunion. Mais on nous a mis face à une réalité qui faisait froid dans le dos.
Telle est la vie à Kiev. L’Ukraine est un pays sous occupation et en guerre, avec beaucoup d'amis parlant de leur soutien mais faisant peu pour aider. La vie à Kiev apparaît en même temps être étrangement normale. Des réunions ont lieu et des conférences sont organisées. Comment pouvez-vous faire des discours sur la bonne gouvernance quand des soldats sont en train de mourir et quand le pays est de plus en plus sous occupation ?

Une grande partie du problème ukrainien repose sur l'énergie. Le pays constitue toujours un couloir pour le transport du gaz russe vers l'Europe. Le pays est encore un important producteur de gaz et de charbon. L'industrie du pays est encore extrêmement inefficace dans l’utilisation de l'énergie, tout en étant extrêmement énergivore. La population, de 40 millions d’habitants, utilise le gaz subventionné. La corruption, la mauvaise gestion et l'inefficacité sont partout. L'influence des oligarques affecte à peu près tout. La révolution n'a pas (encore) changé cette donne.

L'économie est en chute libre, et les réformes et la reconstruction se font cruellement attendre. Les réformistes sont en place mais ils ne doivent pas seulement lutter contre les intérêts russes. Ils doivent aussi lutter contre des pouvoirs économiques et politiques du pays qui ont beaucoup à perdre des réformes progressistes. La corruption et la crise de l'énergie ne constituent évidemment pas un nouveau défi pour l'Ukraine, mais font partie des causes des défis redoutables qu’elle doit surmonter.
Est-ce que vous concentrez tous vos efforts sur la crise et la guerre ou vous admettez qu’à moins de donner aussi la priorité à des réformes de plus long terme, la crise ne finira jamais ? Heureusement, Richard et moi avons rencontré de nombreux Ukrainiens lors de ces derniers jours qui, dans leurs efforts de construction de la nation, ont une vision à long terme.

L'Ukraine est devenue membre de l'ITIE avant la révolution. Le tableau ITIE est bien établi en Ukraine. Il y a une commission nationale ITIE qui fonctionne bien, un avant-projet (dénommé modèle de rapport) et un plan sur la façon de produire un Rapport ITIE. La Banque mondiale est sur le point de fournir le soutien financier nécessaire. Le pays a jusqu'à octobre de cette année pour produire son premier Rapport ITIE. Ce rapport devrait être plus important que la plupart des autres. Il pourrait apporter un peu de transparence de base, permettre d’expliquer comment le secteur est régi et de planifier quelques réformes nouvelles. L’existence de chiffres fiables sur les montants qui rentrent et sortent des entreprises, produisant en Ukraine et transportant du gaz russe vers l'Europe, reste un problème majeur en Ukraine. Ne soyons pas dupes, il est peu probable que cette information mette fin, du jour au lendemain, au vol des ressources de la nation qui dure depuis si longtemps. C’est rarement comme cela que ça marche, la transparence et l'ouverture. Les intérêts doivent êtres combattus, point par point, réforme après réforme. La transparence est importante. En Ukraine, sa principale valeur sera probablement d'attirer l'attention de la population et de la nouvelle direction sur les endroits, les choses et les personnes qui sont défectueux au sein du système.

« Qu'est-ce qu’il se passe le lendemain de la publication du rapport ? », un dirigeant d'entreprise est intervenu pour poser la question lors d'une conférence aujourd'hui. « Vous pouvez faire une révolution pratiquement du jour au lendemain; les réformes et le renforcement de la nation, eux, prennent plus de temps », ai-je répondu en bégayant. 

Fort soutien de toutes parts

Le ministre de l'énergie et de l'industrie du charbon, Volodymyr Demchyshen, a pris beaucoup de temps pour examiner la façon dont le processus ITIE pourrait être accéléré, un jour où Gazprom menaçait une fois de plus de couper l'approvisionnement en gaz. Sous l’égide du ministre adjoint, Igor Didenko, la commission nationale de l'ITIE semblait faire de bons progrès avec la finalisation de ce qui devrait être inclus dans le Rapport ITIE. Le directeur adjoint du comité parlementaire sur l'énergie, Dombrovskyy, a soumis le projet de loi qui donnerait à l'ITIE le soutien de la Rada, le parlement, son puissant soutien. Et en ce qui concerne le président de Naftogaz, Kobylev, et son chef d'exploitation, Richard et moi ne pouvions pas rencontrer deux personnes plus soucieuses de connaître ce qui était requis; ils ont répondu « bien sûr, nous allons tenir nos engagements, y compris en s’assurant que les filiales fassent le rapport de ce qui est nécessaire. »Voilà un fort soutien pour l'ITIE de toutes parts. Espérons que le système puisse tenir ses promesses.

Dans de nombreux pays, l'ITIE fournit un forum où la confiance peut être construite entre le gouvernement, la société civile et les représentants d'entreprises. Cet aspect n’est pas très pertinent en Ukraine, pour l'instant. Ce sont les réformateurs contre ceux qui gagnent par la corruption du système, dans tous les secteurs. Un représentant de la compagnie nous a dit : « J’ai toujours pensé qu'il était important pour l'Ukraine de mettre en place l'ITIE. En ces temps volatiles, je considère qu'elle est essentielle. » L'ITIE ne serait pas établie en Ukraine sans les efforts entrepris par Olena du groupe Dixi au fil des années, la fondation Renaissance et Publiez Ce Que Vous Payez. 

Alors que l’on se dirigeait vers l’aéroport, nous avons doublé un long cortège de véhicules militaires. « Se dirigent-ils vers le front ? avons-nous demandé au chauffeur. –Bien sûr, a-t-il répondu.»

Sur la route menant à l'aéroport, les troupes pour le front.

L'aéroport de Kiev, le 25 Février et où la connexion internet est gratuite et plus rapide que dans tous les aéroports d’Europe occidentale que nous avons essayés,

Jonas et Richard

 

Pour en savoir plus sur l'ITIE en Ukraine, visitez leur page d'accueil  eiti.org.ua ou la page du pays sur eiti.org.