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Pour garder sa pertinence il faut des données en temps réel

Nicolas Maennling est chargé de la recherche économique et politique au Columbia Center on Sustainable Investment (CCSI), un centre conjoint de la  Columbia Law School et de l'Earth Institute à l'Université Columbia, dédié à l'étude, la pratique et la discussion sur les investissements internationaux durables.

Nous avons discuté avec Tonu en marge de la semaine des organisations partenaires de l'ITIE, pendant laquelle les priorités pour renforcer la gouvernance du secteur extractif ont été discutées. Cette semaine était organisée à Oslo en septembre 2018.

Citez un projet sur lequel vous travaillez actuellement qui est particulièrement intéressant?
Je travaille actuellement sur deux projets en particulier qui m'intéressent. L'un des projets se situe au Chili, où nous soutenons le gouvernement local avec une stratégie de développement à long terme inclusive - nous menons de nombreuses consultations avec les communautés - et basée sur les données afin de mesurer les progrès dans le temps. 60% du PIB de la région sera constitué d'un projet de mine de cuivre à grande échelle si tout se passe comme prévu. La stratégie de développement à long terme nous aidera à capter les opportunités et à minimiser l'impact négatif de cet investissement de taille. L'entreprise minière s'est montrée très positive vis-à-vis du processus. Par le passé les entreprises négociaient les contrats au niveau national puis pour le niveau local elles mettaient en place des programmes sociaux ad hoc. Les entreprises étaient bien souvent captées par les intérêts locaux. Ce cas est intéressant pour nous parce que l'entreprise a adopté une approche différente: avant même d'obtenir les droits ils ont décidé de comprendre ce qui se passait sur le terrain et comment ils pourraient soutenir et s'intégrer dans un plan de développement qui aidera les communautés locales si le projet venait à être confirmé mais également s'il ne l'était pas. C'est une mentalité différente. De nombreux projets totalement nouveaux n'ont pas abouti au Chili récemment à cause d'une opposition sociale. Vous aviez l'appui du gouvernement nantional mais impossible de mettre en oeuvre au niveau local.

L'autre projet examine comment les entreprises minières peuvent intégrer plus d'énergies renouvelables dans leur mix énergétique. C'est une étude mondiale soulignant les principaux goulets d'étranglement et les moteurs pour une intégration du renouvelable. Nous avons inclus plusieurs études de cas en Afrique du Sud, en Australie, au Canada et au Chili où le cadre juridique est déjà relativement évolué. Nous espérons que cette étude permettra d'apprendre de ce qui est déjà fait et accélérer l'intégration des énergies renouvelables dans le secteur.

Comment le travail et les données ITIE sont-ils pertinents pour votre travail?
Nous travaillons beaucoup sur les modélisations financières et organisons des formations là-dessus. Il faut bien entendu pour cela beaucoup de données. Il faut d'une part des données sur les contrats mais pour la supervision il faut aussi les données sur les montants issus du projet. Vous pouvez ensuite tenter la comparaison avec le modèle. Les données ITIE ont été utiles à cela, pour comparer ce qui a été effectivement reçu avec ce que mentionne le contrat.

Quels sont les domaines sur lesquels l'ITIE devrait mettre l'accent d'ici à la Conférence mondiale de 2020?
La question de données plus récentes est importantes afin de maintenir la pertinence, c'est donc à mes yeux le domaine le plus important. Pas seulement pour le secteur extractif mais plus généralement les données sont de plus en plus accessibles en temps réel ou presque. Les gouvernements et les entreprises rendent ces données sur le secteur extractif publiques. Si les rapports ITIE sont publiés avec des données vieilles de deux ans, personne ne les lira.