Togo : Une révolution tranquille

« Même si ce sont les pays du Nord qui ont lancé l'ITIE,
ce sont plutôt nos pays qui en ont le plus besoin.»
Parfait Dzivénou, secrétariat national de l’ITIE Togo

Cette semaine, le Togo publiait son premier rapport ITIE sur les recettes provenant des secteurs minier et pétrolier en 2010. Un « miracle » pour certains, tant l’accès aux informations sur les recettes générées par le phosphate, le calcaire et autres minerais est longtemps resté inaccessible, voire tabou.

Pourtant, cette information ne tombe pas du ciel. Elle couronne des mois d’efforts et de dialogue entre le gouvernement, les entreprises minières et pétrolières et la société civile. Ces différents acteurs qui n’ont pas forcément l’habitude de s’asseoir à une même table, ont fait le choix, depuis que le Togo a été admis à l’ITIE, d’apporter davantage de transparence sur ce que le gouvernement perçoit des entreprises pour l’exploitation des ressources du sous-sol, et de publier cette information dans un rapport ITIE.

Pour le Togo, petit pays d’Afrique de l’Ouest situé entre le Ghana et le Bénin et aspirant à « l’émergence » après des années d’instabilité et de divisions, le secteur extractif est d’une importance capitale. Le Togo est le troisième producteur de phosphate en Afrique subsaharienne et l’activité minière y est considérée comme le poumon de l’économie. Paradoxalement, cette richesse est devenue le cauchemar de la plupart des populations vivant dans les zones minières car elle rime avec maladies, pollution, et appauvrissement. En outre, de plus en plus de voix s’élèvent pour déplorer que l’extraction minière est trop isolée du reste de l’économie nationale et qu’elle ne parvient pas à générer la manne attendue.

Que nous apprend le premier rapport ITIE du Togo ? À l’instar des quelque 80 rapports ITIE publiés à ce jour de par le monde, le rapport ITIE publié par le gouvernement togolais rapproche les déclarations des entreprises sur ce qu’elles ont payé à l’État avec les revenus que l’État a déclaré avoir perçus de ces mêmes entreprises. Il fournit également des informations sur les contributions sociales des entreprises et les quantités de minerais produites. Ainsi, le Togo aura perçu 60 millions de dollars américains des entreprises minières et pétrolières en 2010, ce qui représente 10% des recettes totales de l’État pour la même année. Est-ce suffisant ? Comment s’explique la différence entre les paiements déclarés par les entreprises et les revenus divulgués par l’État ? Quels sont les avantages pour les populations ? Autant de questions que se poseront les Togolais lors des débats publics qui seront organisés autour du rapport à Lomé, Kpalimé, Vogan, Bassar, Tabligbo et dans toutes les localités minières du pays.

L’ITIE suscite beaucoup d’espoir parmi les Togolais. Nombreux sont ceux qui réclament d’ores et déjà son extension à tous les secteurs de la vie publique. Pour la société civile, il n’est désormais plus possible de faire marche arrière car « les ressources naturelles doivent être bien gérées et de manière transparente pour qu’elles puissent profiter à tous. »

Certes, le chemin ne sera pas aisé, mais les Togolais, à l’instar de leurs voisins ghanéens eux aussi engagés dans l’ITIE, ont foi en cette révolution tranquille en faveur d’une gouvernance plus transparente et responsable.